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Lutte contre la corruption à Madagascar – Les Malgaches demeurent craintifs – Lagazette DGI du 18 juillet 2019

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Même si les Malgaches sont optimistes quant à la possibilité de lutter contre la corruption, ils demeurent craintifs quant aux conséquences qui pourraient découler de leur dénonciation. Malgré la conscience qu’ils ont du rôle des citoyens ordinaires dans cette lutte et leur confiance envers le BIANCO, la peur des conséquences négatives bloque cette relation entre ces deux parties, qui pourrait pourtant être un bon levier pour endiguer ce fléau. C’est notamment une raison pour laquelle Madagascar reste en proie à une corruption grandissante et les autorités administratives et judiciaires sont les premières pointées du doigt, celles-ci mêmes qui devraient participer à son éradication.

Plus rapporte Dépêches no. 302 Désiré Razafindrazaka, Laetitia Razafimamonjy, et Ellora Soulisse , la corruption freine le développement économique et démocratique, et à Madagascar elle est présente autant dans la sphère politique que dans les services publics.

C’est pourquoi, depuis 2004, le pays s’est engagé dans la lutte contre la corruption en se dotant de plusieurs institutions comme le Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO), le Service de Renseignement Financier de Madagascar (SAMIFIN), le Comité pour la Sauvegarde de l’Intégrité (CSI), et le Pôle Anti-Corruption (PAC). Cette chaine d’institutions permet la réception des dossiers de doléances jusqu’au traitement juridique de la corruption.

Cependant, la corruption ne cesse d’être ressentie par les citoyens, à travers l’inégalité devant la loi, les versements de pots-de-vin, et la nécessité parfois de payer quelque chose pour obtenir effectivement des services publics courants. Selon l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) de Transparency International (2018), entre 2012 et 2018, Madagascar perd 7 points (32 à 25), classant le pays du 118e rang au 152e rang sur 180 au niveau mondial.

Représailles

De fait, selon toujours l’identique source, on observe d’après la plus récente enquête d’Afrobaromètre à Madagascar que trois quarts des Malgaches perçoivent une assez grande augmentation de la corruption. Les plus corrompus sont, d’après la population, les policiers et les gendarmes, mais aussi les juges et les magistrats.

Cependant, presque 90% des Malgaches pensent que signaler un acte de corruption auprès du BIANCO a de grandes chances d’être entendu. En revanche, la grande majorité des citoyens, quels que soient le sexe, le lieu de résidence, l’éducation, le niveau de vie et l’âge, ont peur de signaler des faits de corruption à cause des risques de représailles ou d’autres conséquences négatives.

Au lendemain des élections présidentielles, ces résultats sur l’évolution de la corruption au niveau du pays constituent un outil de prise de décision en matière de réforme et de priorisation des actions en faveur de la promotion de la bonne gouvernance…

Par ailleurs, le même document fait état qu’entre la corruption perçue et la corruption vécue, on retrouve au premier rang les mêmes services gouvernementaux. C’est-à-dire que ceux qui reçoivent le plus de pots-de-vin, selon les répondants, sont également perçus comme les plus corrompus. En effet, 41% des citoyens ayant eu des contacts avec la police ont dû au moins une fois, voire plus, verser des pots-de-vin ou faire une faveur pour éviter des difficultés. De plus, 34% déclarent de la même façon avoir eu recours à un cadeau pour obtenir l’assistance de la police.

En ce qui concerne l’obtention de documents officiels et de soins médicaux, respectivement 22% et 21% des citoyens ayant eu recours à ces services publics ont dû verser un pot-de-vin pour les obtenir. Les services les moins touchés par cette pratique sont l’eau/l’assainissement et les écoles publiques, où 14% et 12% des citoyens ont dû, respectivement, verser un pot-de-vin au moins une ou deux fois lorsqu’ils ont eu recours à ce service.

De plus, Afrobarometer indique notamment qu’il existe une distinction entre les personnes ordinaires et les personnes aisées, selon les enquêtés: Les personnes aisées sont plus susceptibles que les personnes ordinaires de verser des pots-de-vin ou de se servir de leurs contacts personnels pour éviter les taxes, éviter les tribunaux, ou encore pour faire enregistrer une parcelle qui ne leur appartient pas. Pour éviter les taxes, 82% des répondants estiment que les personnes aisées pouvaient y avoir recours, contre 47% qui le pensent concernant les personnes ordinaires. Pour éviter les tribunaux et faire enregistrer une parcelle qui ne leur appartient pas, 87% des Malgaches pensent que les personnes aisées pourraient avoir recours à une pratique corruptive, tandis que respectivement 55% et 52% des Malgaches le pensent pour les personnes ordinaires…

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